Interview (in french) for Artichaut Magazine

De l’encre et des créatures. Incursion dans l’art sombre de Mathieu Vaillancourt

15 mars 2018

 par Krystel Bertrand

À la veille de la parution de notre numéro PRO­FA­NA­TIONS, nous vous pré­sen­tons un artiste de Montréal dont les œuvres seront publiées dans ce prochain opus qui s’an­nonce très occulte. Les créa­tions de Mathieu Vaillan­court ont rapi­de­ment attiré notre regard et notre intérêt. Ses créa­tures très char­mantes bien qu’un peu ter­ri­fiantes, nous rap­pellent cer­tai­ne­ment les bébittes de l’uni­vers de Love­craft ou encore celles des films de la popu­laire série Aliens. Cet artiste émergent qui partage régu­liè­re­ment sa démarche sur les réseaux #sociaux vous dévoile, dans ce billet, ses ins­pi­ra­tions et les secrets de sa démarche.

 Aske

Aske

Krystel Bertrand: Tu es un artiste émergent et mul­ti­dis­ci­pli­naire qui a une for­ma­tion en Design d’Ani­ma­tion 3D. Selon toi, quels sont les prin­ci­paux défis d’un artiste qui fait ses débuts offi­ciels dans le milieu des arts visuels ou musicaux?

Mathieu Vaillan­court: Selon moi, le défi prin­ci­pal est d’être original (bien que tout a déjà été fait).  Il faut se faire connaitre pour son inté­grité et éviter de faire de l’art juste pour plaire à la masse et ayant comme but prin­ci­pal, la vente d’œuvres. Je crois qu’il est impor­tant de faire ce que l’on aime. Un autre enjeu impor­tant, c’est celui de se faire un nom dans cet océan de requins. Tout est question de visi­bi­lité et c’est exigeant. Réussir à mettre son énergie de façon équi­va­lente pour la pro­mo­tion et la création, c’est dif­fi­cile à gérer. À la longue, il est possible de décou­vrir des moyens pour que ça fonc­tionne.

KB: Ta pratique se situe entre le clas­sique et le contem­po­rain: tes images des­si­nées à la main nous rap­pellent cer­tai­ne­ment les gravures de Gustave Doré et de Goya, mais tu retouches numé­ri­que­ment cer­taines de tes œuvres pour rehaus­ser les couleurs.  Cette démarche est très inté­res­sante, car elle honore l’hé­ri­tage de l’his­toire de l’art, tout en démon­trant une ouver­ture aux nouveaux médias. Peux-tu nous parler un peu de ta démarche?

MV:   L’uti­li­sa­tion de médiums digitaux m’aide à accéder à un éventail plus étendu de pos­si­bi­li­tés pour aborder cer­taines thé­ma­tiques ins­pi­rées d’ar­tistes de l’âge d’or. Tout d’abord, j’es­quisse mon croquis avec un crayon bleu. Quand je suis satis­fait, j’ajoute des traits avec un crayon rouge. Ceux-ci servent à déli­mi­ter les hachures pour l’om­brage. Ensuite, j’uti­lise une table lumi­neuse pour encrer avec une plume la version finale. Avec l’aide de l’or­di­na­teur, j’ajoute parfois quelques couleurs et j’ajuste le contraste de mes illus­tra­tions pour que le noir soit par­fai­te­ment opaque.

 Dark Young

Dark Young

 

KB: Un de tes projets en cours s’ins­pire de l’un des grands clas­siques de la lit­té­ra­ture amé­ri­caine, Le mythe de Cthulhu de H.P. Love­craft. Ce qui est fas­ci­nant avec ce projet, c’est que tu partages les étapes de ta création sur ton site web ainsi que sur tes dif­fé­rents réseaux sociaux. Cela nous permet réel­le­ment d’entrer dans ton univers et du coup dans l’uni­vers love­craf­tien. Tu as aussi par­ti­cipé au défi Love­craf­tuary. Qu’est-ce qui t’a inspiré à créer une série hommage à H.P. Love­craft et pourquoi as-tu choisi de partager ta démarche avec ton public?

MV: En lisant les écrits de Love­craft, je me suis fami­lia­risé avec l’auteur. Récem­ment, j’ai décou­vert le jeu de rôle nommé Call of Cthulhu, la septième édition pour être précis. L’index des créa­tures du livre m’a inspiré et j’ai décidé d’en faire ma propre inter­pré­ta­tion. En général, je trouve que ce genre d’illus­tra­tions puisent leurs ima­ge­ries dans une esthé­tique se rap­pro­chant trop du type comic book. Selon moi, elles ne rendent pas justice à l’at­mo­sphère des écrits. Pour cette raison, j’ai choisi de rendre en images l’œuvre de Love­craft sans utiliser de couleurs et dans un style plus sombre et réaliste.

Je partage ma démarche pour ceux et celles qui pra­tiquent la même tech­nique que moi. Per­son­nel­le­ment, je préfère souvent voir le procédé de création d’une œuvre que le résultat final, car j’ap­prends à per­fec­tion­ner mes connais­sances en voyant d’autres artistes tra­vailler. Aussi, je partage ma démarche pour les curieux et curieuses qui, comme moi, veulent savoir comment les choses fonc­tionnent en création artis­tique sans uni­que­ment s’in­té­res­ser au résultat final.

 Logo of Duvet du Diable

Logo of Duvet du Diable

KB: Tu n’es pas seule­ment un artiste visuel, tu es aussi derrière le projet musical Duvet du Diable qui s’ins­crit dans la branche par­ti­cu­lière de la musique médié­vale dite Dungeon Synth.  Pour nos lecteurs et lec­trices, expli­quons que le Dungeon Synth est un genre musical géné­ra­le­ment élec­tro­nique carac­té­risé par des mélodies plus ambiantes.

Il y a très cer­tai­ne­ment un rapport entre tes œuvres visuelles qui pré­sentent toutes sortes de créa­tures fan­tas­tiques parfois cau­che­mar­desques et tes œuvres musi­cales ins­pi­rées de sombres récits.  Comment as-tu décou­vert le Dungeon Synth et comment cette musique fait écho à ta démarche artis­tique actuelle?

MV: Ma musique évoque un donjon émo­tion­nel plus qu’un réel donjon médiéval. Elle puise ses racines du mou­ve­ment roman­tique et du mal de vivre. J’ai décou­vert le Dungeon Synth à travers le métal noir plus pré­ci­sé­ment avec le groupe Burzum et son album Hliðskjálf et par la suite avec Mortiis. Cette musique reflète bien mon inté­rio­rité; par réaction de cause à effet, elle trans­pa­rait comme de la bile noire dans mes projets en arts visuels.

 Black Spell of Destruction

Black Spell of Destruction

KB: On sait que tu animes dif­fé­rents réseaux sociaux. On peut te suivre sur ton site web et ton compte Ins­ta­gram où tu sembles très actif. Aime­rais-tu nous dire, en ter­mi­nant, quels sont tes pro­chains projets? Est-ce que tu cherches à exposer tes œuvres? As-tu d’autres pistes de création dont tu voudrais nous parler?

MV: Cette année, j’ai commencé à apprendre la peinture à l’huile et je veux per­fec­tion­ner mes créa­tions 3D.  J’ai aussi l’in­ten­tion de faire plus d’im­pri­més de mes œuvres. Je projette aussi monter une expo­si­tion l’année pro­chaine.

Nous remer­cions Mathieu Vaillan­court d’avoir géné­reu­se­ment accepté de nous parler de son travail. Nous lui sou­hai­tons beaucoup de succès pour ses projets à venir.